Le coronavirus et les dettes : le mot dont personne ne veut parler

Vantha et sa famille gagnaient environ 60 $ US par semaine – ce montant suffisait tout juste à payer le loyer et les factures (12 $), la nourriture (27 $), l’éducation (12 $ par mois = 3 $ par semaine), l’échéance des dettes (10 $) et les autres dépenses essentielles (santé, transport, téléphone…). Avec la crise de covid, leurs revenus ont chuté à 20 $ par semaine – au mieux… certaines dépenses ont disparu (transport), certaines ont monté en flèche (téléphone maintenant que les enfants apprennent en ligne) et certaines sont restées identiques : nourriture, factures et dettes… Vantha sait très bien budgéter, cuisiner avec moins d’ingrédients, cultiver des légumes, et réduire les dépenses autant qu’elle le peut. Mais avec 20 $ par semaine, le remboursement de la dette absorbe désormais la moitié de leur revenu.


La banque a proposé de restructurer leurs dettes. La restructuration de la dette signifie que Vantha et son mari prendront un nouveau prêt pour rembourser leurs dettes existantes… cela ne résout pas le problème : depuis des mois, ils n’ont pas gagné de revenu – ce revenu n’existera jamais – il n’y a aucune raison qu’après la crise, ils gagnent trois fois leur revenu précédent pour combler l’écart. Pourtant, la dette sera la même, et même plus élevée car les intérêts s’accumuleront surtout si le nouveau prêt est à un taux plus élevé.


Pourquoi le débiteur devrait-il supporter tout le fardeau de la crise ? Pourquoi l’impact économique du confinement ne peut-il pas être partagé de manière plus égale ? L’annulation de la dette doit être discutée. C’est une solution – même si les créanciers ne l’aiment pas. Pour des millions de familles – des millions de Vanthas, partout dans le monde, qui travaillent dans l’économie informelle, il n’y a aucun moyen de rembourser leurs dettes – rembourser signifie encore moins de nourriture, pas d’argent pour le savon ou pour la santé. En outre, la restructuration ou le refinancement de la dette (nouveau prêt pour payer le prêt existant) ne fera que prolonger la crise pendant des années et des années car les débiteurs ne pourront pas récupérer leur pouvoir d’achat et feront que ces dettes vont traîner pendant de nombreuses années.

Dans l’ancienne Mésopotamie, tous les sept ou dix ans, l’État déclarait « table rase » et toutes les dettes non commerciales (c’est-à-dire personnelles) étaient annulées (D. Graeber: Dette, les 5000 premières années, publié en 2011).


Les institutions financières doivent sérieusement envisager d’annuler les dettes des plus pauvres – elles ont la capacité de gérer leurs finances pour absorber et couvrir les pertes. Un point c’est tout.

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